Joseph Ernest Renan, Brother & Sister: A Memoir and the Letters of Ernest and Henriette Renan, tr. Lady Mary Loyd (London: William Heinemann, 1896), 51-52:
The memory of those days is inexpressibly precious to me. The unavoidable delay connected with such work as we were occupied in winding up left me much leisure. I resolved to note down all the thoughts concerning the life of Jesus which had been stirring in my brain since my sojourn in the Tyrian country and my journey into Palestine. The personality of that great Founder had risen very clearly to my mind as I perused the Gospels in Galilee itself. Buried in the deepest conceivable retirement, with the help of the Gospels and of Josephus, I wrote a Life of Jesus, carrying the story while I was at Ghazir as far as the last journey to Jerusalem. Exquisite hours, departed all too quickly! I pray eternity may be as sweet! From morning till night I lived intoxicated, as it were, with the idea unfolding itself before my mental vision. I fell asleep pursuing it, and the first ray of sun shooting above the mountain revealed it to me yet clearer, stronger, than before. Henriette was the daily confidante of the progress of my labour. As fast as I could write a page she copied it. ‘‘I shall love this book,’’ she said, ‘‘because we have done it together, first of all, and then because I like it in itself.’’The elevation of her thoughts had never struck me more. In the evening we used to walk on our terrace under the stars. Then she would give me the result of her reflections, full of tact and wisdom. Some of them were absolute revelations to me. She was perfectly happy, and this was certainly the most blessed moment in her life. Our intellectual and moral communion had never been so intimate. She repeatedly told me those days had been a paradise to her. A gentle mournfulness of tone pervaded everything she said. Her physical suffering was only numbed, and would wake, now and again, as though in sinister warning. Then she would complain that fate was miserly, and grudged her the few hours of perfect bliss it had ever granted her.
Ces jours m’ont laissé un inexprimable souvenir. Les lenteurs inséparables des difficiles opérations que nous achevions en ce moment me laissaient beaucoup de loisir. Je résolus d’écrire toutes les idées qui, depuis mon séjour dans le pays de Tyr et mon voyage de Palestine, germaient dans mon esprit sur la vie de Jésus. En lisant l’Évangile en Galilée, la personnalité de ce grand fondateur m’était fortement apparue. Au sein du plus profond repos qu’il soit possible de concevoir, j’écrivis, avec l’Évangile et Josèphe, une Vie de Jésus que je poussai à Ghazir jusqu’au dernier voyage de Jésus à Jérusalem. Heures délicieuses et trop vite évanouies ; oh ! puisse l’éternité vous ressembler ! Du matin au soir, j’étais comme ivre de la pensée qui se déroulait devant moi. Je m’endormais avec elle, et le premier rayon du soleil paraissant derrière la montagne me la rendait plus claire et plus vive que la veille. Henriette fut confidente jour par jour des progrès de mon ouvrage ; au fur et à mesure que j’avais écrit une page, elle la copiait : « Ce livre-ci, me disait-elle, je l’aimerai ; d’abord, parce que nous l’aurons fait ensemble, et puis, parce qu’il me plaît. » Jamais sa pensée n’avait été si haute. Le soir, nous nous promenions sur notre terrasse, à la clarté des étoiles ; là elle me faisait ses réflexions, pleines de tact et de profondeur, dont plusieurs ont été pour moi de vraies révélations. Sa joie était complète, et ce furent là sans doute les plus doux moments de sa vie. Notre communion intellectuelle et morale n’avait jamais été à un tel degré d’intimité. Elle me dit plusieurs fois que ces jours étaient son paradis. Un sentiment de douce tristesse s’y mêlait. Ses douleurs n’étaient qu’assoupies, elles se réveillaient par moments, comme un avertissement fatal. Elle se plaignait alors que le sort fût pour elle si avare et lui reprît les seules heures de joie parfaite qu’il lui eût concédées.